Collection: THOMAS PAQUET

Depuis plusieurs années, dans un jeu de construction pour peindre une expérience sensible du monde j’ai entrepris un travail d’étude photographique autour de ses caractéristiques fondamentales: lumière, espace et temps. J’approche la photographie de manière directe, pratique, et mets en jeu un processus de création partant d’abord de la lumière. L’expérimentation est ici centrale et un dispositif, optique, physique ou chimique est mis au point pour chacun de mes projets. Les œuvres produites, entre préméditation et hasard, assument une dimension plastique qui travaille de l’intérieur les possibilités et les limites du document photographique. Mon travail est aussi un hymne à la lenteur. Les temps de pose que je mets à l’œuvre pour mes projets sont très longs, allant parfois de quelques minutes à plusieurs jours d’exposition. J’envisage la photographie comme un art dont on ne peut ignorer la façon. Aussi le film argentique est-il souvent au cœur de mon processus de création. J’ai coutume notamment d’utiliser des techniques argentiques traditionnelles, les impressions au collodion humide ou les cyanotypes. Jour après jour renouvelés à travers le regard, mes gestes sont prolongés sur l’émulsion photographique. Mon approche est artisanale, je travaille la matière. L’utilisation de procédés traditionnels me permet aussi de confondre notre rapport au passage du temps. En brouillant les frontières entre science et poésie, matérialité et abstraction, objectivité et subjectivité, mes œuvres sont une invitation à dépasser notre représentation de la réalité. L’émulsion photographique donne alors à voir une image leurrant nos croyances, opérant un passage de l’immatériel vers une épreuve tangible et physique.« L’Observatoire » restitue en temps réel, par un jeu de dégradé de couleur, la position de la lune et du soleil. À un temps T, dans un lieu spécifique, grâce à une série de calcul astronomique, le programme informatique détermine la position de la lune et du soleil avec 2 coordonnées. Ces coordonnées sont ensuite reportées sur un cercle chromatique et permettent d’attribuer une couleur à chacun des astres. Ces deux couleurs, fonction du lieu de visionnage de l’œuvre et du moment de la journée sont utilisées pour créer un dégradé linéaire qui s’affiche sur un écran circulaire.

« L’Observatoire » est né du désir de plonger le spectateur dans un état méditatif, de le replacer dans le temps long de la danse perpétuelle de la lune et du soleil. L’une des particularités de cette œuvre est bien son caractère infini: le programme réalise une mise à jour en temps réel des positions de nos astres. Le dégradé de couleur va évoluer de façon très lente et permettre au spectateur de voir les phases de la lune au fil des saisons. Dans un monde numérique où une même information peut être partagée et diffusée de façon instantanée en tout point du globe, ce projet se joue du médium internet: le dispositif à l’œuvre propose aux spectateurs un jeu de couleur unique et non-reproductible en dehors de leur propre espace-temps. Si l’astronomie fut la première des sciences de la nature à constituer un rôle dans l’évolution humaine, « L’Observatoire » est aussi un hymne à l’observation du ciel. Nos civilisations sont nées sous les étoiles et la contemplation de l’espace nourri l’imaginaire des hommes depuis des millénaires.

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