Collection: DIEGO SARMIENTO

La notion d’expérimentation à laquelle nous sommes si attachés n’existe que parce que l’expérimentation consiste en une action exclusive sur ce qui tombe sous les sens, sur la matière. Son expérience est conçue initialement comme un enrichissement, un élargissement de la connaissance. Il faut également constater que sa technique ne concerne que les faits du monde sensible. La question du double numérique est intéressante car elle délimite un champ de réflexion et d’investigation du laboratoire, ce qui nous permet de centrer la question vers une vision concrète des problèmes du développement humain.Un jumeau numérique, ou “digital twin”, est une réplique virtuelle créée à l’image et à la ressemblance d’un objet, à laquelle sont incorporées des données en temps réel qui peuvent être captées grâce à des capteurs ou des technologies liées au Big Data. Une fois ces informations collectées, elles sont traitées avec l’Intelligence Artificielle, le Cloud Computing et l’Apprentissage Automatique pour créer une représentation vivante qui ressent à partir de son propre corps. L’idée du jumeau numérique, expression galvaudée et polyvalente du discours grand public sur les technologies numériques, a rapidement été étendue à un usage généralisé. Elle est couramment assimilée à une simultanéité créée grâce à l’accélération des systèmes qui réagissent en permanence à leurs technologies disruptives.

Au-delà de l’usage très étendu que cette expression a dans le langage courant, nous souhaitons en explorer la compréhension et la manière dont cette compréhension pénètre l’inconscient, cette partie intérieure et invisible des humains, forgée par les expériences vécues tout au long de la simultanéité et de la pure durée captées par l’expérience interne et qui conditionnent leurs actes, leurs habitudes, leurs comportements et donc leur destin.La pensée abstraite doit s’accorder avec la réalité concrète ; c’est là que la notion de temps réel intervient, car elle cristallise les images, les points lumineux en provenance du temps relatif. Nous devons partir du principe qu’il s’agit d’un concept théoriquement fondé, visant les formes de temporalités parallèles et/ou distribuées qui, soumises à des contraintes temporelles strictes, réagissent à leur environnement, potentiellement valides via des capteurs traitant l’information reçue et fournissant un résultat sous forme de gestes, de mots et de mouvements. Pour que le double ait un sens, il faut que son évolution pendant le traitement de l’information n’ait pas été significative. Le temps réel ne renvoie donc pas à l’indifférenciation de l’échange simultané, mais à une discontinuité.Le traitement dynamique des images intéresse de près les arts plastiques, car elles définissent la résistance des objets au temps, du moins à un certain temps, et elles soulèvent des questions philosophiques. Le temps réel reprend les impulsions de chacune et les transforme, de la même manière que dans un écran LCD, les impulsions électriques en provenance de l’extérieur se transforment en points lumineux qui produisent des formes et des couleurs selon leur intensité. Ces images internes seront projetées avec des personnages numériques, des objets, leurs ombres et leurs lumières. Il est donc évident que le temps réel, physique et visible, ne pourrait pas développer cette activité prodigieuse qui consiste à solidifier, à concrétiser les impulsions extérieures en décors et en scénarios vivants, en anecdotes quotidiennes constitutives de la trame de notre destinée, s’il ne faisait pas référence au temps réel “éthérique”, au sens “sensible”.Le temps réel physique est la référence du temps relatif, et ces deux aspects nous permettent de constater sa position chronométrique avec le double, l’approche continue, la séquence d’événements discrets, l’approche chronologique et la notion de simultanéité.

La modélisation du double réactif englobe ces deux approches, offrant deux types d’attitudes, deux points de vue sur la réalité. L’asynchrone, où l’exécution d’une opération prend du temps (approche continue du temps), et où des événements peuvent survenir pendant l’exécution d’une opération (entrelacement et préemption/reprise), dépend implicitement de l’implémentation. Ces deux points de vue contradictoires sont évidemment partiels. Dans notre univers, nous distinguons des objets que nous pouvons reconnaître. Ces objets occupent une portion d’espace et durent un certain laps de temps. Ce sont des formes dotées d’une certaine stabilité, malgré le conflit entre l’effet d’érosion, dégradant la permanence, et le principe abstrait du permanent (génèse), qui assure la stabilité du double.Certes, “on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve”, pour reprendre les termes d’Héraclite, mais le principe de permanence doit jouer un rôle. Si vous souhaitez comprendre ce qui se passe, il est préférable de faire l’expérience et, à partir de là, essayer d’en tirer une théorie. C’est pour combler ce retard que nous relevons le défi de concevoir un projet où l’effort mis assidûment se fige dans la réflexion et la recherche d’une explication pour apaiser cette angoisse.






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